• par (Libraire)
    2 janvier 2018

    Une plume savoureuse

    Et si pour commencer cette nouvelle année vous vous laissiez tenter par une des plumes les plus savoureuse de la littérature française. "Longtemps,j'ai cru que je m'appelais Blondin,mon nom véritable est jadis." C'est ainsi que s'ouvre Monsieur Jadis ou l'école du soir. Monsieur Jadis est le double littéraire que s'offre Antoine Blondin, son frère jumeau en quelque sorte, un frère de papier mais qui ne vieillira pas lui,parce que l'encre qui sèche fixe pour toujours les personnages dans un décors inaltérable. Le décor c'est le Paris des années 50/60, le Paris nocturne celui des bars,des commissariats et bien d'autres endroits encore,et toujours infréquentables de préférence. Le personnage c'est un jeune homme un peu mélancolique, un plumitif qui traine la nuit, vaguement écrivain, bourré de talent et déjà alcoolique. Chez lui le désespoir qu'il traine est le prétexte d'un bon coup à boire et la détresse, qu'il redoute, la promesse pourtant de belles nuits d'ivresse.Et elle sont belles ces nuits, épiques même et presque toujours drôles.On déambule dans le quartier de Saint Germain Des Près on croise Roger Nimier, Albert Vidalie et tant d'autres.Et on découvre bien sur qu'à l'école du soir monsieur Jadis n'est pas le dernier de la classe.Et Antoine Blondin confirme avec ce livre paru en 1970 qu'il est un des écrivains les plus attachants du xx siècle.


  • 1 février 2011

    La vie parisienne .

    J'ai une certaine tendresse pour Antoine Blondin, écrivain inspiré, grand adepte de la dive bouteille, chroniqueur sportif avisé et parfois aviné.
    Je ne pouvais donc passer à côté de cette œuvre qui sera donc en bonne place dans la série « Mes lectures...jadis » surtout que je me suis fortement inspiré du titre de ce livre pour l'appellation de ces chroniques. Je reconnais une certaine mélancolie à la lecture de cet ouvrage. Le Paris nocturne, à cette époque, devait offrir un cadre de toute beauté à certains vagabondages erratiques et alcoolisés.
    On pourrait, à lire ce livre et un peu rapidement penser, que Monsieur Jadis nous offre une visite guidée, sponsorisée par le ministère de l'Intérieur, de certains commissariats de police parisiens tant il semble être des lieux obligés de fins de nuits agitées et brumeuses.
    Des épisodes burlesques, en particulier, et là c'est un grand moment, une reconstitution grandeur soi-disant nature de la bataille d'Austerlitz dans un bistrot parisien au grand effarement d'un jeune couple de Norvégiens en voyage de noces..... Souvenirs sûrement inoubliables ! Une nuit dans un ministère mal fermé verra bien entendu une aube dans les locaux de la maréchaussée. Autre grand moment, l'auteur et un de ses amis, dans un état sûrement second, confondent la vitrine d'un antiquaire avec la terrasse d'un café et s'y installent... sûrement pour y boire une bouteille de vin millésimé.
    D'autres d'une grande gravité, car la mort est aussi évoquée, en particulier celle d'un jeune vagabond dans un poste de police parisien, et également celle de Roger Nimier.


    A l'occasion d'un match de rugby Angleterre-France, il connaîtra aussi les prisons londoniennes !
    Il va de soi que les personnages, connus ou inconnus, sont nombreux. Honneur aux dames, l' inénarrable Popo, femme de petite vertu, déjeunant de pastis pur accompagné d'un croissant, s'exprimant dans un français aussi précieux qu’obsolète puisé dans un dictionnaire Larousse du XIX ème siècle en 17 volumes, cadeau de sa grand-mère Bucéphale. Peu habituée à la fréquentation des églises, et ignorant que les femmes ne devaient pas être tête nue, elle retira son soutien-gorge, pour s'en faire une coiffe qu'elle pensait bretonne...le résultat fut encore pire !
    Blanche, l'Auvergnate, figure de la nuit, propriétaire du «Bar-Bac » et de ce fait habituée de la viande saoule! Odile, la maîtresse mélomane, madame Jadis mère, adepte de l'accordéon, mais succombant à la musique des Beatles, allant au petit matin en chemise de nuit chercher son fils au commissariat.
    Les personnages connus, compagnons des heures de boissons et des heurts avec la maréchaussée, les écrivains, Jacques Vidalie, Silvagni, Marcel Aymé, Roger Nimier , qui un matin viendra payer les folies nocturnes de son ami au volant de son Aston-Martin (avec laquelle il sera victime d'un accident mortel) habillé en chauffeur de maître!
    L'artiste Dieulefils qui devait sculpter le buste du président Coty, Juliette Gréco chantant Queneau et Sartre, Boris Vian, Jean Dauger le rugbyman, participent à cette sorte de troisième mi-temps littéraire, hymne à la nuit parisienne. Étrangement le lyrisme est beaucoup moins présent dans les pages consacrées par exemple aux quelques jours passés en Espagne, ou alors à Londres. Bref une faune d'anonymes ou d'artistes bon vivant, pas toujours très recommandables, mais terriblement attachants.
    C'est merveilleusement écrit, plein de poésie, d'humanité et d'humilité. Et bien entendu d'humour, mais aussi d’auto-dérision, avec le constat amer que le temps passe. C'est toujours pour moi un grand moment de bonheur de me plonger dans la lecture de Blondin, je ne sais pas s'il est encore beaucoup lu, mais personnellement je le recommande vivement. Surtout qu'il existe dans la collection « Bouquins » des éditions Robert Laffont une compilation groupant neuf de ces romans ou essais.
    Jadis me semble très loin, et il est devenu maintenant. Une des citations qui commence ce livre est la suivante : « Ma vie est un roman » Tout-Un-Chacun.
    Peut-être, mais tout-un-chacun n'écrit pas obligatoirement aussi bien.