• par
    10 septembre 2016

    Je qualifie volontiers le roman de Michël Uras de la même manière que je qualifie son héros Alex : fin, délicat, léger et drôle, vif, délicieux et bien que décalé dans son époque, totalement en phase avec elle, les réponses qu'ils apportent étant celles espérées. Alex est sympathique et on se plait très vite en sa compagnie. C'est un jeune homme qui paraît effacé, timide et peu sûr de lui. Néanmoins, professionnellement, il est de bon conseil, tape juste dans ses ordonnances livresques : quasiment que des ouvrages que je n'ai pas lus et qu'il m'a donné envie de lire. Même si Michaël Uras parle beaucoup de livre et de littérature, son roman n'est pas un catalogue, il détaille chaque ouvrage conseillé mais reste sobre, il ne fait pas de critiques argumentées, ce qui aurait pu faire fuir ses lecteurs. Il met en relation les titres proposés avec les vies de personnages qu'il crée, ce qui est bien plus fin pour un roman qui parle de bibliothérapie.

    Michaël Uras écrit là un roman optimiste, et l'on suit les aventures d'Alex à travers ses yeux et son esprit. Comme lui on passe parfois du coq à l'âne, ou plutôt de son occupation à un moment précis à une dérive de sa pensée vers Mélanie puisqu'elle occupe en grande partie son esprit et revient sans cesse, dès qu'un détail la lui rappelle : "Je l'installai (Robert Chapman, un de ses patients) dans le merveilleux fauteuil Ikea que Mélanie m'avait laissé. Elle y tenait beaucoup, pourtant. Peut-être reviendrait-elle le chercher un jour. Peut-être reviendrait-elle me chercher un jour. En attendant, elle n'avait toujours pas répondu à mon message. Je commençai par demander à Chapman de me raconter une journée type de sa semaine" (p.100).

    Toujours bien écrit -la touche Uras-, ce roman se lit avec grand plaisir et délectation. On y trouve quelques saillies drôles et féroces (réalistes) : "Yann avait lu l'interview que j'avais donnée pour un blog confidentiel dirigé par une fille bizarre qui rêvait d'être reconnue. Profil type du blogueur. Elle enchaînait les interviews de personnes aussi célèbres que moi pour arriver à ses fins. Autant dire qu'il lui faudrait à peu près un siècle pour y parvenir. Le temps d'interroger une personne qui réussirait, se souviendrait de sa première interview et la ferait introniser "blogueuse influente"." (p.137).

    Un truc que j'aime bien : au détour d'un chapitre, en plein commissariat, comme un clin d'œil, on croise un monsieur Bartel (Jacques ?), comme le héros de Chercher Proust, le premier roman de l'auteur, totalement obsédé par le grand romancier au point de le voir partout.

    Un roman de cette rentrée littéraire à sortir du lot, qui donne envie de s'atteler à la lecture de classiques, qui parle de littérature de manière décontractée et qui se moque un brin des culs-pincés-snobs qui ne peuvent en parler qu'avec des accents élitistes. Et là, je rejoins Michaël Uras : la littérature fut-elle celle des plus grands noms doit être une source de plaisir et de partage.


  • 2 septembre 2016

    généreux et réconfortant

    Un roman sympathique qui fait du bien au coeur tant il apporte dans sa corbeille bons sentiments, fraîcheur et bienveillance. C'est un bel hommage aux mots et à la littérature, un petit clin d'oeil amusant. Personnellement, j'aurais apprécié que les relations entre les différents personnages soient plus approfondies, notamment dans leurs sentiments et leurs croyances, mais globalement, c'est agréable et bienvenu.


  • par (Libraire)
    31 août 2016

    Un livre "médicament" ...

    Une vision sympathique de la bibliothérapie ou comment soigner les maux par les mots !
    L'auteur de "Chercher Proust" nous offre un roman généreux en propositions littéraires qui jalonnent chaque chapitre.
    Une lecture légère, tendre et mélancolique...Un livre-médicament pour tous les amoureux des livres et de la lecture !


  • 19 août 2016

    Une corne d'abondance ...

    A chacun sa corne d'abondance, la mienne, et il me semble celle de Michaël Uras, est pleine de mots, de mots doux ou âpres, de prose ou de poésie, de livres lus et relus sans jamais en épuiser la magie. A tant aimer les mots, l'on finit par avoir de l'encre qui coule dans les veines et la réalité sans cesse nous ramène à la fiction, la citation toujours au bout des lèvres.

    Je me suis reconnue dans Alexandre, bibliothérapeute de son état et personnage principal de ce roman. Il a choisi cet "étrange" et beau métier : soigner par les mots, et sa patientèle est très diverse . Pendant les quelques mois où nous partageons sa vie, trois hommes entament une thérapie, un jeune homme, défiguré après un accident et devenu muet, un quinquagénaire, businessman au bord du burn-out et un célébrissime joueur de foot, tenté de quitter la France.

    Alexandre établit leur "fiche clinique" et leur conseille des livres pour les aider à surmonter les crises qu'ils traversent. le thérapeute et ses patients se voient ensuite régulièrement pour parler de leur avancée dans les œuvres "prescrites" et des incidences de cette lecture sur leur vie.

    Le personnage principal pratique "l'auto-médication", il lit pour combler un manque d'amour maternel, pour oublier que Mélanie, sa compagne, est partie, pour fuir une époque souvent débilitante. L'auteur nous offre des passages de ses lectures : petits bouts de poème, de théâtre, de roman, et mon cœur fond de reconnaître tant d'auteurs qui me sont familiers.

    Ce livre est du pur bonheur pour les amateurs de mots. C'est aussi un récit ancré dans notre époque, dont il décrit les travers avec beaucoup de drôlerie. Il sait aussi se faire "grave" quand il évoque les "bien pensants", qui s'arrogent le droit de juger et de punir ceux qui ne leur ressemblent pas. Le style de Michaël Uruas est moderne, sans pour autant céder à "la mode" du moment. Il a un sens de la formule et un timing qui font de ce roman un cocktail revigorant !