Constance B.

par (Libraire)
16 juillet 2014

Éric Vuillard, dans une langue belle et efficace, entreprend de raconter l’histoire de Buffalo Bill. Celui qui devint une légende malgré lui fut le metteur en scène de la fin d’une civilisation, le bradeur de la culture indienne. Le Wild West Show, en montrant à des milliers de spectateurs du monde entier les épisodes les plus marquants de la guerre contre les Indiens, forgeait la légende de la Conquête de l’Ouest, en même temps qu’il fixait pour toujours l’image de l’Indien dans l’esprit occidental, image inventée par un saltimbanque de génie. Ce récit poignant nous montre l’effacement d’une civilisation dont les derniers membres sont eux-mêmes employés à la dévoyer au profit du spectacle.

Les Éditions Noir sur Blanc

14,00
par (Libraire)
15 juillet 2014

A la fin des années 1960, l'ultime gardien d'Ellis Island, la porte d'entrée vers le rêve américain, profite de ses dernières heures sur son île pour soulager sa conscience et se remémorer les épisodes marquants de son "mandat". Dans une langue sobre mais éminemment poétique, et très juste, Gaëlle Josse effleure quelques-uns de ces destins d’exilés. Une lecture émouvante qu’on peut accompagner ou prolonger grâce au tumblr qui propose vidéos, photos, textes : http://derniergardienellis.tumblr.com/

Sonatine éditions

par (Libraire)
10 juillet 2014

Sonatine sait toujours trouver des voix originales dans le paysage du polar contemporain, déjà bien encombré. Bonne pioche une fois encore avec ce premier roman d'une jeune Anglaise très habile.
L'auteur se glisse dans la peau d'une vieille dame, Maud, dont la mémoire semble de plus en plus problématique, et qui note frénétiquement toutes ses interrogations sur de petits bouts de papier qu'elle sème partout. Une question la taraude : où est Elizabeth ? A-t-elle disparu ? Dans son esprit qui n'a presque plus de prise avec le présent, cette disparition se confond avec la disparition de sa soeur Sukey, dans la ville bouleversée de l'immédiat après-guerre. Les indices loufoques recueillis par la vieille dame déboussolée vont s'avérer pas si innocents que ça. Ce récit très émouvant fait monter le suspense en même temps qu'il nous fait percevoir le déclin de plus en plus palpable de la mémoire de Maud. Une lecture envoûtante.

Éditions de L'Olivier

18,00
par (Libraire)
1 juillet 2014

L’auteur Etgar Keret entreprend de raconter son quotidien pendant les sept premières années de la vie de son fils. Ce citoyen israélien, né en Israël de parents rescapés de la Shoah, et qui voyage énormément dans le monde entier pour des festivals littéraires, raconte la vie dans ce pays hors norme qu’est l’Etat d’Israël.
L’écriture est très habile, le récit, construit en courts chapitres (c’est un auteur de nouvelles confirmé). C’est très souvent drôle, parfois très émouvant, mais surtout ça ne soutient aucune thèse, ni cherche à convaincre.
Pour nous Occidentaux qui pourrions avoir tendance à simplifier les données du problème, cette lecture rafraîchissante mais qui effleure le grave ou même l’absurde (faut-il spéculer sur des terrains soumis aux tirs de roquettes ? faudra-t-il interdire à son fils de trois ans de faire l’armée ?), sème quelques interrogations bénéfiques. Une lecture à répercussions, donc.

La liberté et la tradition

Gallimard

12,50
par (Libraire)
23 juin 2014

Dans ce bref et brillant essai, Mona Ozouf ne prétend pas faire la biographie de Jules Ferry, mais cherche à comprendre les motivations de celui qui initia, entre 1879 et 1885, les grandes réformes dont la République vit encore. Emportés par sa plume alerte, dont on voudrait noter chaque formule, tant sa concision révèle la justesse de son analyse, nous voilà transportés dans cette fin de XIXème siècle qui voit la République balbutiante se parfaire pour se pérenniser. L’historienne rend sa complexité et surtout sa cohérence à la politique de Jules Ferry, encensé pour la loi scolaire de 1882 mais accablé pour son prétendu impérialisme économique. Se gardant de tout jugement anachronique, elle peint la situation isolée de la France dans l’Europe verrouillée par Bismarck, et montre que pour Ferry, le « modéré obstiné », fils des Vosges, le profit économique resta toujours au service de la grandeur de la France, c’est-à-dire de son ampleur territoriale. Sa grande ambition fut de s’appuyer sur la tradition pour bâtir la République, de faire percevoir la rupture de la Révolution comme un dénouement logique et la République comme une continuité. Ainsi, l’éducation était pour lui la condition de l’unité de la nation (unité et non pas hétérogénéité). Les différences culturelles et ethniques n’y constituaient donc pas un obstacle, sauf en cas de récupération par un groupe politique (voir les catholiques ultramontains par exemple).
En bref, une lecture essentielle pour comprendre comment la IIIème République, malgré ses soubresauts, releva le formidable défi de réconcilier les deux France : celle d’avant 1789 ou même 1793, et les fils de la Révolution. Ce qu’elle fit en grande partie grâce à la politique des « petits pas » de Jules Ferry, qui avait la conviction de pouvoir bâtir l’unité de la Nation sur la liberté du peuple.