Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Jean-Marc Perret

Palémon

10,00
par
1 septembre 2021

Nouveau venu chez Palémon, Jean-Marc Perret signe un polar moderne et réaliste qui m'a bien plu. Deux parties assez différentes, la première avec Lina et Louis Kerlo et la seconde avec Marc Renard, enquêteur privé qui entre en scène. Très équilibré, ce roman se suit avec grand plaisir et nous fait entrevoir ce que pourrait être un complot d'envergure nationale pour faire tomber un gouvernement. Je ne cache pas que ça fait un peu flipper puisque c'est somme toute assez réaliste, surtout depuis quelque temps où les paroles se libèrent et montent en violence en agressivité. Certains en font leur fonds de commerce en vue d'une éventuelle présentation aux élections ou pour préparer le terrain à certaine qui deviendra du coup modérée aux yeux et oreilles des électeurs. Beurk...

Pas de temps mort dans le récit de JM Perret qui va de rebondissements en découvertes, qui ne ménage ni ses effets ni ses surprises. Pas mal de personnages qui cachent eux-mêmes des choses, d'autres plus lisibles, tous concourent à faire de ce roman policier, le premier d'une série si j'en juge par le numéro 1 apposé sur la tranche, un bon moment de lecture.

12,00
par
1 septembre 2021

Troisième roman de Michel Bouvier chez Gilles Guillon, et dans celui-ci, le commissaire Dewiquet, héros de l'un des précédents rencontrera son homologue Riqueval héros de l'autre.

Après un début un peu long très axé sur la place de la religion à l'époque et dans la région, tout cela à travers l'esprit de Gaston Dewiquet qui doute beaucoup et s'inquiète pour son fils adoptif qui semble tourner bigot et un curé pas très franc du collier - moi, l'anticlérical, je suis à la fois agacé qu'encore une fois, la religion tienne une si grande place dans les romans de Michel Bouvier et ravi de l'angle pris, celui du doute et du questionnement -, le roman démarre enfin et, comme à chaque fois, je me fais cueillir par la belle langue de l'auteur, travaillée, élégante au risque parfois d'en faire un peu trop et de gêner la bonne compréhension de l'histoire, mais cela s'oublie vite, emporté par l'ambiance un rien surannée, le caractère particulier du policier qui doute beaucoup de lui, de ses croyances, de ses méthodes, de son efficacité, de sa place dans le monde de Marquise...

En plus d'une enquête policière c'est l'histoire d'un homme qui tente de comprendre le monde dans lequel il vit qui change au tournant de deux siècles : on commence à parler de révolte ouvrière, de patrons qui optimisent leurs gains, des femmes qui sont encore très soumises à leurs maris mais certaines commencent à revendiquer une place dans la société, de l'église qui perd peu à peu de son poids sur les hommes (tant mieux)...

Bon roman policier et en outre, très belle couverture.

3,90
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1 septembre 2021

Quel grand texte encore une fois d'Andrée Chedid. C'est beau, fort, puissant, poétique, violent parce que la ville dans laquelle vivent les deux amoureux est violente, quasi vidée de ses habitants qui fuient les combats et les balles. "Pour lui parler, il faut utiliser peu de mots, des mots simples, des mots essentiels, qui vont du cœur au cœur. Des mots qui se glissent, petit à petit, avec leurs consonnes, leurs voyelles dans le corps et la pensée de Marie. Des mots qui deviendront la matière de ce corps, le ferment de cette pensée, des mots à lents parcours qui traverseront le conduit auditif, atteindront la caisse du tympan, percuteront les osselets, ensuite le rocher ; des mots qui se frayeront lentement passage dans le labyrinthe de l'oreille. Des mots aimés, des mots aimants, ressentis, agrippés à l'espérance. Des mots vrais, même s'ils mentent. Des mots forgés d'amour et de promesse, même s'ils simulent. Des mots réels et fictifs. Des mots pour vivre et pour rêver." (p. 81)

Tout le texte de l'autrice est un texte qui glorifie l'amour, qui sait que c'est cela qui pourra sauver les hommes et non pas ce qu'ils produisent de pire : "Depuis l'aube des temps, les violences ne cessent de se chevaucher, la terreur de régner, l'horreur de recouvrir l'horreur. Visages en sang, visages exsangues. Hémorragies d'hommes, de femmes, d'enfants... Qu'importe le lieu ! Partout l'humanité est en cause, et ce sombre cortège n'a pas de fin." (p. 18)

Et Marie s'accroche à cette pensée que Steph va comprendre et venir la rejoindre. Elle ne veut expirer avant de le revoir, s'accroche. Toutes ses pensées vont vers lui. Et lui qui l'attend et ne comprend pas son absence, ses pensées allant vers elle. Et ce couple d'octogénaires qui préfère assister Marie plutôt que de fuir comme tous les autres, emplis d'un amour fort, toujours aussi fort qu'au début.

Un roman formidable, dans une langue tellement belle qu'il est impossible de passer à côté, comme il est impossible de ne pas lire Andrée Chedid en général. Et pour finir, cette phrase en guise d'aphorisme, tirée de la page 111 : "Comment peut-on se prendre au sérieux quand l'existence est si éphémère et qu'elle ne cesse de courir vers sa fin ?"

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1 septembre 2021

Hugo Buan délaisse quelques temps son commissaire Workan pour se lancer dans le roman historique avec un jeune commissaire promis à un bel avenir littéraire. Tout dans ce premier tome promet des développements passionnants dans les suivants. Je me suis régalé de bout en bout en ne reprenant qu'à peine mon souffle entre les chapitres. La période est propice aux manipulations, aux compromissions, aux jalousies, aux peurs. La Bretagne et particulièrement Saint-Malo et Saint-Sevran et leurs habitants taiseux et besogneux rajoutent une dose de tension, surtout lorsque Louis arrive accompagné de Joseph Tocagombo, mulâtre de l'île Bourbon, son ordonnance pendant la guerre, devenu lui aussi policier, et qu'il commence à fureter partout, à ne pas prendre de gants pour interroger tel ou tel habitant qu'il soit notable ou pas.

Dans le même temps qu'il poursuit son enquête sur l'assassinat, Louis tente de comprendre ce qui a pu se passer dix ans plus tôt pour ses parents et si sa sœur est toujours en vie et si oui, où. Cette partie-là ne sera pas résolue dans ce tome, d'où mon idée que la série va se continuer et j'en suis fort ravi presque impatient. L'écriture de Hugo Buan, moins drôle que dans la série avec Lucien Workan, ne se départit pas totalement de l'humour de l'auteur et reste vive, tout cela donnant un roman policier historique excellent.

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1 septembre 2021

Depuis quelques mois, je reprends la série des enquêtes de Wallander dans l'ordre de leur écriture par Henning Mankell. Persuadé que ma relecture serait passionnante, je me trompais sur un point. Ce tome n'est pas une relecture puisque rien, contrairement aux autres ne me disait que je l'avais déjà lu. C'est donc une découverte que cette enquête éprouvante pour Wallander, son équipe et ses lecteurs. Kurt ne va pas bien, sa santé n'est pas au top, il a du mal à se remettre du décès de son père et de sa séparation d'avec Baiba et son rythme de travail, imposé par ces nouveaux meurtres ne va pas lui permettre de prendre soin de lui. Comme toujours, dans les polars d'Henning Mankell, les enquêteurs partent de rien : aucun indice, aucune trace. Ici, juste l'inquiétude d'une mère puis, évidemment, ensuite, l'assassinat de Svedberg. Le travail est harassant, long, souvent ingrat, il ne faut rien négliger, même le plus petit indice qui pourrait être important. Donc les flics contrôlent, recontrôlent, réveillent les témoins, ne dorment que peu, fouillent les vies des moindres personnes en lien avec les victimes. La pression est forte, celle de l'opinion publique, des journalistes et de la hiérarchie. Kurt Wallander n'est pas vraiment diplomate et parfois, la fatigue aidant, ses mots et ses actions le débordent.

Moi qui ne suis pas fan des gros bouquins, j'avale sans rechigner et même avec un plaisir évident les presque 600 pages de ce tome, dans lequel, Henning Mankell, parle de la société qui change à l'approche du nouveau millénaire (écrit en 1996/1997), qui devient plus individualiste, qui paupérise les plus pauvres et enrichit les plus riches, qui voit une nouvelle forme de violence apparaître contre des moyens policiers qui baissent ou qui ne sont plus adaptés. La Suède change, ce pays envié et souvent montré comme modèle ne l'est plus.

Et les héros de Mankell sont très humains : ils évoluent au fil des romans, ils vivent comme vous et moi. Wallander, mon flic de fiction préféré n'est pas un sur-homme, il doute, se décourage, est en proie à des soucis de santé. Il est très seul, n'a quasiment pas d'amis, absorbé par son travail. Comme toujours, bien sûr, il parviendra à trouver le coupable, mais à quel prix ?

Excellent, passionnant !